« C’est une certaine conscience de la mort qui nous fait passer de l’autre côté de la barrière »

On évoque souvent une « génération freelance », formés par les printemps arabes. Mais que penser au fond de cette manière de couvrir les évènements ? Des risques qu’ils prennent ? Et de leur avenir ? C’est ce sur quoi nous avons échangé avec Jérôme Clément-Wilz qui présentait aujourd’hui son documentaire « Baptême du feu » au FIPA.

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Jérôme Clément-Wilz, réalisateur du documentaire Baptême du feu

Pourquoi avoir choisi de réaliser ce documentaire ?

Quand j’ai rencontré Corentin (ndlr Corentin Fohlen, le photojournaliste au cœur de son documentaire), j’enviais sa façon de travailler, l’urgence, le travail vite monté. J’ai eu envie de faire de même. Puis j’ai voulu montrer l’engagement de ces journalistes, leur responsabilité. C’est un peu un roman initiatique, qui montre les différentes réflexions que peuvent avoir ces freelances. J’ai aussi voulu qu’il soit diffusé à la télévision, c’était très important pour moi. J’ai eu envie que mon documentaire parle aux gens.

Suivre ces freelances en Egypte, en Libye, en Syrie, c’est prendre des risques, n’avez vous jamais eu peur ?

Sur le moment, je n’ai pas réfléchi, j’ai seulement pensé au travail que j’avais envie de faire. Mais j’ai eu peur, très peur parfois. Tant qu’on travaille, ça va. En Libye, quand Corentin ne pouvait pas travailler, il a commencé à avoir très peur et est rentré. Moi j’ai travaillé donc malgré la violence, le chaos, je n’ai pas eu peur. Mais le jour où l’on m’a pris en joue pour me demander d’éteindre ma caméra, j’ai compris que non, ce n’est pas parce que je filme qu’on ne me tirera pas dessus. Pour preuve, certains se sont fait tiré dessus parce qu’ils filmaient…

Deux scènes se font écho, celle où Corentin Fohlen court près de la place Tahrir et photographie tous ces gens, les yeux rougis par les bombes lacrymogènes, puis cette scène où des rebelles libyens lui demandent de prendre une photo d’une main arrachée. Comment ne pas tomber dans le voyeurisme?

C’est ce que l’on pourrait penser de l’extérieur mais en réalité ce que j’ai essayé de montrer c’est leur professionnalisme. Et justement, je n’ai pas voulu moi-même tomber dans le voyeurisme. Quand Corentin court près de la place Tahrir, c’est une scène de panique, et il a une connaissance parfaite de ce qui se passe, il est à l’aise. On peut même dire qu’il se promène dans la rue comme sur une scène de théâtre, il maîtrise ce qu’il se passe. Et dans cette autre scène, c’est encore une fois son professionnalisme qui frappe. Il s’en va et refuse de prendre en photo cette main arrachée, la scène est frappante.

Tous les freelances ont, d’une manière ou d’une autre, changé un peu de voie à la fin du reportage, qu’est-ce qui pousse à cette prise de recul ?

C’est une certaine conscience de la mort qui nous fait passer de l’autre côté de la barrière. C’est ce que j’ai voulu montrer : comment un conflit peut faire figure d’accélérateur de réflexion, et comment cela peut permettre de s’affirmer en tant que journaliste. Et j’ai aussi voulu montrer l’individuation des parcours, on voit la progression dans le documentaire, au début ils sont tous ensemble dans la cuisine au Caire, c’est une bande de potes. A la fin, ils sont souvent seuls. Chacun s’est affirmé, c’est un passage à l’adulte en quelque sorte. Les freelances prennent conscience de ce qu’ils ont envie de faire de leur métier, et comment ils ont envie de le faire.

Que sont devenus justement les freelances qui apparaissent dans le documentaire ?

Ils sont tous restés des journalistes engagés, chacun à leur échelle. Corentin s’est éloigné des conflits. Et se concentre sur des reportages plus longs, en s’imprégnant de la situation, du pays. Il a passé notamment un mois en Haïti. De son côté, Capucine Granier-Deferre a vraiment trouvé son écriture photographique. Elle a couvert les évènements en Ukraine et y est toujours. Elle a été publiée par Paris Match, ou le New York Times. Leila Minano continue à travailler comme un lanceur d’alerte, elle est engagée dans cette lutte constante pour la démocratie, la liberté. Aujourd’hui elle a fait le choix de se concentrer sur l’investigation et sur les terrains qu’elle connaît.

Quels sont vos prochains projets ?

Vendredi, je suis au festival international du film de Rotterdam pour présenter un de mes documentaires, dont le point de départ est ma première histoire d’amour. Je travaille actuellement sur d’autres projets, mais je ne peux pas vous en dire plus.

Un baptême du feu, 1h02, Jérôme Clément-Wilz, France, Jeudi 21h00, Cinéma Royal

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