« Je voulais être une mouche dans la soupe »

Love Marriage in Kabul, Amin Palangi

Love Marriage in Kabul, Amin Palangi

Abdul et Fatemeh s’aiment. Ils veulent se marier. Mais les choses sont loin d’être simples. On est en Afghanistan, où la plupart des mariages sont arrangés. D’ailleurs, le père de Fatemeh demande une dote de 10 000 dollars. Pour atteindre son but, Abdul compte sur l’aide de Mahboba Rawi. Orphelin, Abdul a grandit avec cette femme, qui vit entre l’Afghanistan et l’Australie. Sa vie, c’est aux orphelins et aux veuves qu’elle l’a dédiée. De cette histoire, Amin Palangi, réalisateur iranien qui vit en Australie en a fait un documentaire, Love Marriage in Kabul. Il répond à nos questions.

Pourquoi avoir choisi le thème du mariage d’amour en Afghanistan ?

C’est un peu une longue histoire. J’avais fait un film en Afghanistan en 2006. Il portait sur le suicide des femmes par immolation. C’est une histoire triste et vraiment terrible. Le film a été diffusé en Australie et dans d’autres endroits dans le monde. Je me sentais vraiment responsable de ce que j’avais montré. (…) J’ai montré une dure réalité de l’Afghanistan, comme l’aurait fait n’importe quel journaliste qui serait allé là-bas. Je voulais donc y retourner car j’ai estimé que j’avais une dette envers le pays et je devais raconter une autre histoire. Car la première fois que j’ai été en Afghanistan, j’ai aussi vu de l’espoir, du bonheur et de l’enthousiasme.

Comment avez-vous trouvé votre sujet ?

J’ai rencontré Mahboba. Je l’ai suivi plusieurs années et puis est arrivée cette histoire. Elle m’a permis de raconter quelque chose qui ne porterait pas seulement sur thème de l’amour (…) C’était aussi l’occasion de  montrer le grand travail de Mahboba, qui a changé beaucoup de vies, en se dédiant aux orphelins.

Quel était votre but en montrant ce film ? Nous l’avons ressenti comme un message sans jugement, c’est bien cela ?

Exactement. Je voulais être comme une « mouche sur un mur ». C’est une expression utilisée dans le monde du documentaire. Ici, il s’agissait d’être une « mouche dans la soupe » ! C’est de cette manière que j’ai travaillé avec ma caméra pour faire un portrait. Mon but n’était pas nécessairement de nier les difficultés qui existent en Afghanistan. Je voulais plutôt montrer une histoire personnelle dans laquelle il serait possible de s’engager aux côtés des personnages mais aussi de ressentir des éléments d’espoir et de joie, surtout que la plupart des médias présentent une image assez terrible de cette partie du monde et plus particulièrement de l’Afghanistan.

©Constance Barthélemy

Amin Palangi

Dans une société où les rapports entre les hommes et les femmes sont tant régulés, comment est-il possible d’avoir des relations véritablement amoureuses ?

C’est une bonne question. Les choses sont un peu en train de bouger en Afghanistan. Les garçons et les filles vont par exemple ensemble à l’université, ils ont de plus en plus accès à l’éducation. Ils ont donc l’occasion de se rencontrer là-bas. Bien sûr, le poids de la culture est encore fort. Mais des couples se rencontrent secrètement, ils s’appellent ou s’envoient des lettres. Comparé à d’autres régions dans le monde, je pense que c’est un peu plus innocent et naïf. Mais oui ils y arrivent.

Lors de la projection, nous avons perçu au sein du public beaucoup d’étonnement, et même des rires à certains moments. Qu’avez-vous pensé de ces réactions ?

Le film a été présenté en Australie. Mais aujourd’hui, c’était la première fois que le film est présenté en Europe. Je dois avouer que j’étais assez curieux de voir la réaction du public. Dès le début, je tenais à faire un film pour un public qui n’est pas afghan. Je voulais que les nuances culturelles soient assez claires. C’est une coïncidence mais je suis content d’avoir eu dans le documentaire la journaliste australienne Virginia [qui s’est aussi intéressée au travail de Mahboba Rawi, NDLR]. Je pense qu’elle ajoutait au documentaire une perspective occidentale et qu’elle posait des questions que le public était à même de se poser aussi.

Vous avez des origines iraniennes, vous vivez en Australie. Pourquoi avoir décidé de travailler sur l’Afghanistan ?

La réponse est simple: je suis allé en Iran à la recherche d’une histoire à raconter. Mais obtenir les permissions pour tourner librement n’était pas facile. J’ai alors entendu parler de la problématique du suicide chez les Afghanes. C’est ainsi que j’ai fait connaissance pour la première fois avec ce pays.

Love Marriage in Kabul, Amin Palangi, 1h24

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