Nouveau regard sur les invisibles

Centre de santé mentale de Brockville, « pas la clinique tranquille où l’on amène sa mère ». Dès les premières secondes du film, on imagine un établissement froid et inhumain, semblable à celui de Milos Forman dans Vol au dessus d’un nid de coucou (1975). Sauf qu’Out of mind, out of sight de John Kastner est un documentaire, ce qui rend le sujet à la fois plus réaliste et terrifiant.

Credit photo FIPA

Comprendre les malades

Le point fort du documentaire est avant tout son sujet: des individus atteints de maladie psychologiques et ayant été condamnés pour des faits de violence par le passé. On pourrait croire que filmer ces destins brisés, ces vies chaotiques, s’apparente davantage à un voyeurisme insultant qu’à une démarche artistique; il n’en est rien. On se retrouve attiré par ce récit car, loin des dizaines de films terrorisants sur des asiles peuplés par des fous et tenus par des sadiques, ces personnes parfois classées « Not criminally responsible » (criminellement irresponsable, également le titre d’une autre œuvre du réalisateur) sont plutôt proches de nous. Cette proximité est d’ailleurs entretenue par le choix des intervenants du documentaire, appartenant tant au personnel de la clinique qu’à ses habitants. Les personnages justifient à eux seuls tout l’intérêt de l’oeuvre de John Kastner. « Je suis seul avec mon chagrin ». Quand les mots d’un James Stewart, schizophrène, bègue, l’esprit engourdi par ses médicaments, mettent à mal les descriptions classiques et fantasmées de sa maladie.

Un documentaire schizophrénique

Concernant le reste de la mise en scène, le réalisateur canadien est resté assez classique, et la voix off et les entretiens face caméra permettent, à défaut de surprendre, d’instaurer une ambiance facilement identifiable. C’est peut-être là que l’oeuvre de John Kastner pêche. Le canadien, pourtant familier de l’exercice, insiste parfois lourdement sur la signification qu’il veut donner à ses images. Du diaporama sous musique classique de photos d’une mère tuée par son fils, au gros plan anxiogène sur les dizaines d’écrans bleus-verts de la clinique, la mise en scène est parfois trop présente et peut faire perdre de vue l’objectivité idéalement recherchée par le documentaire. Son traitement de la vie à la clinique de santé mentale de Brockville alterne ainsi entre la chronique dépassionnée du quotidien des patients et certains passages chocs mais artificiels. L’oeuvre finale reste toutefois très riche, apportant un nécessaire regard actualisé sur la vie de ces malades. Mais, semblable à ces derniers, le documentaire est schizophrénique quand il en vient à traiter les évènements de la clinique, alternant entre un regard objectif et la tentation d’un pathos exagéré.

Out of mind, out of sight, 1h28, documentaire de création canadien de John Katsner de 2014, samedi 24 janvier à 15h30 au Casino municipal.

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