Photoreporters : courage ou inconscience ?

Dans « Un baptême du feu » Jérôme Clément-Wilz raconte le « passage à l’âge adulte » de photographes freelance partis en zones de guerre. En suivant Corentin Fohlen, parti en Libye et en Haïti, il rend compte de la volonté de ces reporters de raconter l’Histoire avec un grand H, celle qui ne se raconte qu’en la vivant. Cependant sa caméra joue sur l’ambivalence de reporters courageux prêts à tout pour montrer ce qu’il se passe, parfois à la limite de l’inconscience et du voyeurisme.

photographe de guerre copie

Capucine Granier-Deferre a couvert les émeutes de la place Tahrir : « Je voyais la place à la télé et je me disais que je voulais y être ». Y être pour l’adrénaline ou pour mieux retranscrire la réalité ? C’est la question centrale du reportage.

De nombreuses scènes du film montrent les protagonistes en train de dédramatiser – voire plaisanter – sur ce qu’il se passe. « Alors ça gaze ? » lance l’un d’entre eux à Corentin Fohlen qui a vu une bombe lacrymogène lui passer à quelques centimètres un peu plus tôt dans la journée. Tous vivent ensemble et se racontent leur journée. L’esprit de groupe est déroutant. A la fois rassurant parce qu’il permet de percevoir le danger plus facilement que « seul dans ta chambre d’hôtel sans télé », il donne cependant des airs de colonie de vacances. « Demande lui où est la discothèque » lance l’air de rien Corentin Fohlen à sa collègue dans la voiture qui les mène sur le front libyen. Une nécessité de dédramatiser et de souffler, en somme.

Une folie consciente

Néanmoins, les photoreporters présents dans le film apparaissent comme des personnes pour qui « le monde n’est jamais assez grand ». Après la mort de Rémi Olchik, présent dans la petite bande en Libye, Leïla Minano, une de ses collègues, explique : « Ça te fait prendre conscience brutalement que tu peux mourir. T’y vas pas pour l’adrénaline, t’y vas parce qu’il faut montrer ce que c’est ». Cette expérience du terrain les change évidemment, à la fois sur leur façon de voir leur vie mais également de percevoir le monde. La conscience du danger est présente à chaque instant. « Si la situation est trop pourrie j’m’en fous de pas faire de photo, j’suis pas suicidaire » explique Corentin Fohlen à sa sœur qui s’inquiète. « Je continue une seconde, une minute, un jour de trop et ma vie bascule, mais j’suis pas fou ».

Le film témoigne d’une progression importante sur laquelle le réalisateur insiste. Pour lui le « passage à l’âge adulte » a lieu lorsque le photographe s’éloigne des lieux chauds pour se retrouver seul dans des reportages de fond. Corentin Fohlen illustre cet état d’esprit. L’euphorie du front laisserait alors place à une envie de profondeur, de comprendre la société pour mieux la montrer. « Baptême du feu » réussi pour Jérôme Clément-Wilz qui trace un portrait touchant de professionnels trop souvent considérés comme inconscients.

Un baptême du feu, 1h02, reportage de Jérôme Clément-Wilz, Cinéma Le Royal, 21h

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