Ignacio Gómez-Acebo : « La télévision espagnole souffre d’un manque de qualité »

Nous avons rencontré le directeur des programmes et de la production de Televisión Española (TVE), M.Ignacio Gómez-Acebo. L’occasion de faire un point sur la situation de l’industrie audiovisuelle espagnole, qui commence tout juste à relever la tête après des années de crise.

Ignacio Gomez-Acebo, directeur des programmes et de la production de TVE

Ignacio Gomez-Acebo, directeur des programmes et de la production de TVE

1) La coopération européenne comme objectif

La télévision n’a pas fait figure d’exception : comme le reste de l’économie espagnole, le secteur a été gravement affecté par la crise économique. La télévision publique avant tout, car elle a fait l’objet de coupes budgétaires drastiques imposées par le gouvernement.

M.Gómez-Acebo est lui venu sur la côte basque dans un but bien précis. « Il s’agit de retrouver le contact avec la production européenne, qui a été perdu ces cinq dernières années », explique-t-il. Relancer la coopération communautaire, notamment en matière de cofinancement de fictions ou de documentaires, voilà la méthode prônée par le groupe TVE. Une manière d’affirmer qu’en temps de crise, le repli sur soi n’est pas une bonne idée.

2) La télé publique pour relever le niveau

Toute personne ayant fréquenté un peu l’Espagne a forcément été choqué, à un moment ou un autre, par l’ahurissante médiocrité des programmes: talk-shows hurlants, télé-réalité omniprésente… M.Gómez-Acebo ne nous contredit pas sur ce point, mais prêche pour sa paroisse : il fustige la responsabilité des grands groupes privés (par exemple Mediaset, le groupe de Silvio Berlusconi propriétaire des chaînes Cuatro et Telecinco), qui accordent une place prépondérante au divertissement. Pour lui, la télévision publique doit relever le niveau et s’atteler à une mission très compliquée : « Etre compétitifs tout en respectant l’intelligence du spectateur et en lui proposant des programmes de qualité ».

3) Les séries, nouveau moteur de développement

En matière de séries, l’Espagne a longtemps été à la traîne. Sans rivaliser pour le moment avec le Royaume-Uni ou les États-Unis, le pays s’est tout de même fait une place dans le domaine en moins d’une décennie. « TVE a été le principal investisseur dans les séries », explique le directeur des programmes. « Au début, on a eu du mal à faire de la qualité, mais à présent on exporte nos séries dans 35 pays, et pas seulement hispanophones ». Peu compétitifs sur le créneau « policier », l’Espagne a trouvé le bon filon et s’est faite spécialiste en séries historiques. La preuve avec les deux produits stars de TVE : la série Cuéntame como paso qui couvre la période allant de la Guerre Civile (1936-39) aux années 80, et Isabel, qui se déroule à l’époque des Rois Catholiques. Ces épopées « sont très parlantes pour les Espagnols car elles traitent de l’Histoire de notre pays, mais elles s’exportent aussi bien parce que les histoires qu’elles racontent sont universelles », s’enthousiasme M.Gómez-Acebo.

BONUS : France vs Espagne

« La télévision française, est, me semble-t-il, supérieure en qualité à la nôtre. Vous laissez plus de place au débat, vous approfondissez davantage les sujets… En Espagne, on parle beaucoup moins de politique par exemple. Et on ne laisse pas le temps aux interlocuteurs de s’exprimer, contrairement à chez vous ». On est toujours le riche de quelqu’un. Mais il n’a peut-être jamais entendu parler d’Arthur et de Cyril Hanouna.

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