Mais qui est le mystérieux poseur d’affiches ?

Dans la nuit de mardi à mercredi, d’étranges affiches ont été placardées tout autour des sites du FIPA, à Biarritz. Journalistes, médias, Charlie Hebdo, téléréalité, tout y passe. Critique légère ou activisme militant ? Plaisantin ou collectif organisé ? Bravant l’inconnu, nous avons décidé d’enquêter.

Neuf heures. Les nuages couvrent en partie la lumière matinale, le souffle léger du vent basque se heurte aux imperméables, et les fameuses affiches attirent le regard et attisent la curiosité. Le Casino Municipal dans le dos, nous remontons la rue Gardères en direction du Bellevue, autre lieu de projection du Festival. Sur la droite, une première, peut-être la plus frappante au premier abord : « Boko Haram ? » En marge du festival, nous décidons de partir à la chasse aux affiches, collées tout autour des sites du FIPA. De Bellevue à Gare du Midi, en passant par le Casino, elles s’attaquent aux médias en général, à la télé-réalité, à la presse, à Charlie Hebdo.

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Place Bellevue. Les affiches qui désapprouvaient des émissions phares de M6 et NRJ12, collées sur les grilles du parvis du bâtiment, ont été arrachées. Celle, plus ambiguë, esquissant un crayon au-dessus d’une simple question (« Liberté ? »), a été laissée intacte. En face, les vendeurs de Fullsport essaient d’arracher celles qui ont été placardées sur leur devanture. « On vient de les voir, confie Yann. Celle sur Boko Haram fait flipper je trouve ! » De la crainte ? Intéressant. Voilà qui nous mène à la première étape de notre enquête.

Quel message derrière ces affiches ?

Deux étudiants remontent la ruelle qui longe la côte. Maxence ne voit pas trop ce qui est visé et trouve le message « très large ». Une remise en cause de la prépondérance de l’actu Charlie, sans doute. Clément lui n’avait pas vu les affiches. À partir des quelques slogans qu’il peut apercevoir, il estime avoir affaire à une forme de « street art, comme Banksy », une manière ludique d’émettre une critique. Plus loin, de retour sur nos pas, nous longeons la Maison de la Presse, en face du Casino Municipal.

« Égocentrique » trône bien en évidence, sur le muret carrelé en devanture. À l’intérieur de l’établissement, des centaines de revues, de canards, de livres. Et Clémence, qui travaille ici. Qui voit dans cette opération une critique acerbe et sans ambiguïtés de la presse. Le slogan « Liberté ? » écrit sous un crayon, ce serait une question rhétorique moquant le lien entre les deux, sous-entendu : « C’est vraiment ça, la liberté ? » Et le carré blanc, vide, intitulé « Silence, laissez-nous penser », lui aussi placardé contre l’échoppe ? Une attaque contre l’incapacité supposée des médias à parler d’autre chose que Charlie.

Postées autour des sites du FIPA (Casino, Bellevue, Gare du Midi), les affiches sont totalement absentes du reste du centre-ville : le timing et la localisation ne laissent pas de doute, c’est bien le Festival qui est visé. Le mobile semble éclairci. À présent, il nous faut un coupable.

Pas un, mais des poseurs d’affiches ?

Assis sur un banc encore humide de l’averse de la nuit, nous nous arrêtons un instant et en profitons pour réfléchir au profil du poseur d’affiches. En tout, ce sont entre une et deux dizaines de feuilles A4 qui ont été imprimées et placardées sur les murs de la ville. La plupart sont des slogans courts et percutants sur les médias, les autres des phrases plus travaillées sur la téléréalité : « Tellement Vrai. Je me moque des différences des autres et tu regardes. La télé façon NRJ12. »

Certaines affiches, arrachées, ont été remplacées dans la nuit de mercredi à jeudi, à d’autres emplacements. Un tel niveau d’organisation et de compétence semble difficilement possible pour une personne seule. Clémence nous conforte dans nos doutes : elle y voit « un collectif anarchiste ». Le poseur d’affiches ne serait pas seul ? Il y aurait des poseurs d’affiches ? Pour l’heure, il nous est impossible d’en savoir plus. Staff du festival, sécurité ou mairie, personne ne sait qui sont les responsables.

La police sur le coup ?

Notre enquête se poursuit Gare du Midi. Sur place, les affiches ont d’ores et déjà été décollées, comme au Bellevue. Mais ni les hôtesses d’accueil, ni le personnel de sécurité ne savent par qui. « On les a vues toute la journée d’hier, mais ce n’est pas nous qui les avons retirées ! » Encore un mystère. La municipalité alors ? Direction l’Hôtel de Ville. Nous dévalons l’avenue du Maréchal Foch et sa pente. À droite, avenue Édouard VII. Le ciel s’est un peu éclairci. La comparaison avec notre enquête serait trop facile. Nous la faisons quand même, naïvement.

Au bureau « Informations » de la mairie, on a vu les affiches. Mais on ne sait pas qui les a arrachées. Aucune consigne n’a été donnée, semble-t-il. L’investigation interne lancée, nous sortons du bâtiment. Direction le Bellevue. La chasse continue.

Aux abords de la place, deux policiers municipaux sont postés. Ils disent ne pas avoir vu les affiches. Ils sont ici « pour surveiller ». De son bureau, le staff du Festival nous confirme qu’ils ne les ont pas vus hier. Une coïncidence ? Pas le temps de reposer nos jambes, l’évidence est là : il faut aller au commissariat. À l’accueil, l’agent dit avoir vu les affiches, mais ne peut rien nous dire d’autre et nous renvoie à son supérieur. Joint par téléphone, le commissaire Guillaume Calas se refuse à tout commentaire sur ces affiches. Concernant de possibles mesures de sécurité, il précise simplement que « des mesures adéquates sont prises sur un événement à forte affluence ».

Concernant le message véhiculé ainsi que les réactions des officiels, le mystère semble s’être éclairci. À propos du ou des auteurs, il reste entier. C’est pourquoi nous lançons un appel à témoins et offrons gracieusement un verre à quiconque saurait qui se cache derrière cela.

Ecrivez à nicolasm.carvalho@gmail.com !

23/01/15 : Au lendemain de la publication de cet article, nous sommes entrés en contact avec le(s) poseur(s) d’affiches et vous annonçons la publication d’un entretien exclusif dans la soirée.

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2 réflexions sur “Mais qui est le mystérieux poseur d’affiches ?

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