Mes Aynak, la cité bouddhiste en danger

 Un œil de terre fixe l’audience. Le regard vide s’anime à mesure que le pinceau de l’archéologue laisse apparaître un visage. Rond, bienveillant, éternel. Il s’agit là de l’une des nombreuses statues du Bouddha que recèle le site de Mes Aynak situé à l’ouest de Kaboul, en Afghanistan. Un site condamné à disparaitre d’ici peu de temps, pour permettre la création d’une mine de cuivre.

« La destruction de Mes Aynak serait comme la perte de l’Atlantide. »

Le site de Mes Aynak est sur le point d’être balayé comme un vulgaire tas de gravas. Pourtant, selon la Banque Mondiale il s’agit du plus « grand chantier archéologique du monde ». Tous les jours, des objets remontant jusqu’à cinq millénaires sont déterrés, nettoyés et classés. Regorgeant de statues, de poteries, de manuscrits, Mes Aynak est un site d’une richesse extraordinaire. De par la qualité des objets qu’il renferme mais surtout pour les informations historiques qu’il contient, notamment sur la diffusion du bouddhisme sur le continent asiatique.

Les spectateurs se rendent compte dès les premières minutes du documentaire Saving Mes Aynak qu’il s’agit là d’un lieu extraordinaire. Il n’y pas besoin d’être un spécialiste pour s’en rendre compte. Le réalisateur, Brent Huffman, a suivit pendant plusieurs mois l’archéologue afghan Qadir Temori qui, accompagné de son équipe, s’épuise jour après jour à extraire ces trésors avec des moyens dérisoires. On sent une complicité importante entre ces deux hommes, mobilisés pour la protection du chantier de fouille. Seulement 10% du site a été découvert et selon ses prévisions, il faudrait une vingtaine d’années pour parvenir à en venir à bout. Or ils ne disposent que de quelques mois: le terrain a été acheté par une compagnie chinoise d’extraction minière qui souhaite exploiter un gisement de cuivre situé sous les ruines de la cité. D’ici peu, le cratère d’une mine à ciel ouvert remplacera le majestueux dédale de temples que constitue Mes Aynak. Le temps est compté.

Un site d’une richesse extraordinaire

Ce n’est pas une coïncidence si cette ville antique, qui s’étend sur plus de quatre kilomètres, a été construite ici. Cette région était pendant l’antiquité un lieu de passage important pour les marchands en provenance d’Inde, d’Europe ou encore de Chine. Mais c’est surtout l’exploitation du cuivre qui a fait la richesse de Mes Aynak. Avec une valeur estimée à plus de 100 milliards de dollars, elle est considérée comme la deuxième plus grande mine de cuivre au monde. L’entreprise Metallurgical Group Corporation a investi des sommes faramineuses pour obtenir cette concession et s’assurer du soutien du gouvernement. Le ministre des mines, sur lequel pèsent de forts soupçons de corruption, tente de convaincre les habitants locaux des bienfaits de cette exploitation. Selon ses calculs, l’installation de MGC devrait avoir un impact économique de plus de 1,2 milliards de dollars sur la région. Des arguments en faveur d’un développement rapide face auxquels les archéologues ont peu de poids. « Notre histoire et notre héritage disparaitra alors sous l’argent », s’inquiète Qadir Temori.

Archéologie en conditions extrêmes

« Une opération de sauvetage », c’est ainsi que le responsable des fouilles qualifie le travail effectué. Les conditions d’excavations sont plus que déplorables. L’équipe doit se battre pour obtenir le matériel de base aux représentants de Kaboul. Environ la moitié des employés sont payés par le ministère des mines ; l’autre par le ministère de la culture, et tous une fois sur deux. La contrainte de temps oblige les chercheurs à creuser dans la précipitation, en faisant fi des méthodes méticuleuses auxquelles la profession obéit normalement. En un mot, ils se retrouvent condamnés à labourer avec des tractopelles là où le pinceau et la truelle s’imposent. A la confusion sur le terrain s’ajoute l’extrême instabilité politique dans la région. Le gouvernement, après le retrait des troupes américaines, peine à contenir la progression des Talibans. Il est fréquent que des roquettes soient tirées en direction du chantier. Depuis la destruction des Buddhas de Bamiyan, l’hostilité des fondamentalistes à l’égard des sites de culte bouddhistes représente un danger permanent pour les archéologues. Il y a de fortes chances pour que Mes Aynak, malgré la valeur inestimable qu’il représente pour le patrimoine culturel afghan, disparaisse d’ici peu de temps. Ce film est un hommage au travail incroyable de Qadir Temori et de son équipe ; mais c’est avant tout un message d’alerte.

Mes Aynak, 1h, documentaire présenté dans la catégorie création internationale, du réalisateur Brent Huffman, mercredi 21 janvier au Casino municipal.

Advertisements

2 réflexions sur “Mes Aynak, la cité bouddhiste en danger

  1. Bonjour,
    L’équipe continue à diffuser le film le plus possible. Je ne sais pas comment la situation a évolué sur le terrain. Je vous invite à leur poser la question directement : https://www.facebook.com/savingmesaynak
    Enfin, si vous voulez apporter votre contribution, vous pouvez acheter le DVD sur leur site internet.
    Bien Cordialement,
    Elliot

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s