Nimrod Shanit : « Ne pas baisser les bras »

Jeudi matin, nous avons rencontré Nimrod Shanit, co-réalisateur et producteur du documentaire « Totach Ramadan » (« Canon du Ramadan » en français). Il est venu au FIPA le vendre devant un jury de diffuseurs potentiels venus écouter son projet. Nous en avons profité pour lui poser quelques questions sur le documentaire en Israël, et sur son impact sur la société.

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Nimrod Shanit, réalisateur et producteur israélien

Nous venons d’assister au pitch de votre documentaire Totach Ramadan, comment vous est venue l’idée de ce documentaire ?

Je suis tombé amoureux de cette idée qu’a eu Atta Awisat (coréalisateur du documentaire, Ndlr). À la fois de l’histoire de ce canon, mais aussi de cette famille qui depuis 120 ans est chargée de le tirer deux fois par jour pendant le Ramadan. Puis d’une manière plus générale, ce qui m’a fasciné ce sont les enjeux liés à cet homme, à qui l’on a imposé d’être supervisé par un officier israélien.

Est-il facile de trouver des financements pour les documentaires en Israël ?

Il y a cinq principaux fonds qui peuvent nous financer en Israël et trois diffuseurs. Pour l’instant, l’un des diffuseurs a refusé notre documentaire car il était trop politique. Il y a énormément de documentaires produits en Israël, on peut penser récemment à Five broken cameras ou The Gatekeppers. En général, ces fonds raisonnent en termes de profits, si le film est politique mais qu’il va faire une large audience et intéresser les diffuseurs, alors ils le financent. Pour l’instant, il est plus raisonnable pour nous, en attendant les réponses des fonds israéliens, de démarcher à l’international avec des événements comme le FIPA. Mais dans tous les cas, on va faire le documentaire avant d’avoir les financements. Le Ramadan se déroulera en juillet, donc le film devrait être prêt au plus tard en décembre.

Est-ce que le gouvernement peut avoir une influence sur l’allocation de ces fonds ?

Il a une influence, réduite, mais il a une influence. Certains diffuseurs refusent des films parce qu’ils ont juste peur. On marche sur des œufs en quelque sorte. Il faut tenter et trouver la limite. Mais encore une fois, les fonds de financement réfléchissent en termes de bénéfices et d’audience, donc ça n’importe pas tant que ça.

Comment en êtes vous arrivés à faire du documentaire ?

Je fais de la photo depuis mes 13 ans. Après l’armée, j’ai dû choisir un parcours, je me suis dirigé vers le monde de l’image animée, et du documentaire. Je suis diplômé de la Jerusalem film television school. J’ai réalisé plusieurs reportages, Saving children par exemple parle des enfants palestiniens qui sont soignés dans les hôpitaux israéliens, qui parfois y restent plusieurs semaines voire plusieurs mois. D’une manière générale, je m’intéresse aux sociétés israélienne et palestinienne. J’ai aussi été photographe pour Yediot Aharonot. Dernièrement, j’ai produit Trois mariages et un coup de foudre de Gilles de Maistre.

Quel est pour vous l’objectif de vos documentaires ?

Je vois le documentaire comme une fenêtre sur le monde, et en particulier sur certaines histoires. Je montre toujours des personnages qui ont des histoires particulières, dont les gens n’ont peut être jamais entendu parler. Comme c’est le cas pour Totach Ramadan, peu de gens connaissent l’existence de ce canon et les problématiques qui y sont liées. Je pense vraiment que le documentaire peut changer les visions que les gens peuvent avoir.

Dans le contexte du conflit israélo-palestinien, et de la droitisation de la société israélienne que l’on peut constater dans les résultats électoraux, quelle signification a votre travail ?

Réaliser des documentaires, c’est le moins que je puisse faire. Utiliser le pouvoir des films pour tenter de changer les choses. On ne doit pas rester dans l’immobilisme. J’espère que d’autres vont suivre et réaliser des documentaires pour changer les mentalités. Avec Totach Ramadan, on a essayé de montrer les deux points de vue aussi bien israélien que palestinien. Des deux côtés, les représentations sont faussées, c’est le rôle de la nouvelle génération de parvenir à comprendre l’autre.

Vous apparaissez comme plein d’espoir et de détermination quant aux évolutions de la société israélienne et du conflit, les élections en mars peuvent changer quelque chose selon vous ?

Je ne sais pas. J’espère, je pense qu’il est temps que les gens se rendent compte que ces dernières années le gouvernement n’a vraiment pas aidé à améliorer la situation, qu’il s’agisse du conflit ou de la société israélienne. Il est temps que les gens en prennent conscience, réagissent et votent en fonction de cela. Mais je reste convaincu que l’immobilisme est la pire des réponses. Ce n’est pas le moment de baisser les bras.

Totach Ramadan, 60min, de Nimrod Shanit et Atta Awisat, Israël/Palestine

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Une réflexion sur “Nimrod Shanit : « Ne pas baisser les bras »

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