Sur Arte, chaque spectateur est unique

Conférence sur le Transmédia au FIPA Industry, Crédit photo : Florence MorelAdepte du « Big Data », la chaîne franco-allemande propose désormais de personnaliser ses programmes en fonction des préférences de son public. Aux côtés de France Télévisions, Arte a répondu à nos questions sur leur programmation 2015 et sur l’importance des autres supports (mobiles, internet) dans la captation de l’audience. Dans le jargon, cela s’appelle le « transmédia ».

L’interview de Voyelle Acker, directrice adjointe des nouvelles écritures et du transmédia pour France Télévisions et de Gilles Freissinier, Directeur du pôle web d’Arte.

Comment résumeriez-vous la programmation future de votre chaîne ?

France TV : En un mot, l’innovation. On se situe du côté de l’expérimentation, de la créativité. On s’attachera à continuer de raconter de belles histoires qui n’ont pas été explorées, en essayant de toucher des audiences qui n’ont pas l’habitude, qui délaissent les écrans traditionnels.

Arte : Nous on veut proposer des choses alternatives, soit grand public soit sur des niches comme on l’a fait pour le jeux vidéo. C’est là qu’on est innovant, en mélangeant les genres, en faisant confiance à des jeunes auteurs, en misant sur des nouveaux formats.

Le financement des programmes diffusés sur Internet est-il plus difficile ?

France TV : La problématique du web-documentaire reste la même que pour un documentaire. Les web-documentaires ont financés par trois piliers : la redevance, des subventions du Centre National du Cinéma (CNC), et un gros apport du diffuseur, de la chaîne. On reste sur des environnements sans publicités. Dans certains cas, comme pour la web-fiction, on peut tolérer de la publicité avant le début du programme. Mais c’est toujours réalisé avec parcimonie. 

Arte : Le modèle économique n’est pas forcément évident sans les financements publics. C’est à nous de trouver d’autres financements, par exemple avec « Tape Rider » nous avons misé sur le jeu vidéo, pour lequel les téléchargements rendent ce pari rentable. Il faut d’abord que le programme soit de qualité et après on trouve le mode de diffusion le plus adéquat.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les différents publics en fonction du support ?

Arte : Chez Arte, nous avons 12 millions de visites par mois, ce qui est autant que les autres médias alors que notre audimat télévisuel est moins important. Mais les publics sont différents. Lorsqu’on a commencé à financer des jeux vidéos, on s’est aperçu que ceux qui le téléchargeaient ne connaissaient pas la chaîne !

France TV : Après 3,5 ans d’expérience et 65 projets mis en ligne, on sait que faire exister un projet sur différentes plate-formes contribue à l’audience globale du programme.

Arte : Le numérique permet une diffusion plus large. Les programmes sont « boostés » lorsqu’il sont distribués sur d’autres plate-formes comme Youtube.

Big Data: cette expression très en vogue signifie le traçage du spectateur grâce à des algorithmes et la personnalisation du contenu en fonction de ses préférences. Comment l’abordez-vous ?

France TV : Il faut toujours prendre cela avec des pincettes. Ce sont des outils, mais il faut pouvoir s’en éloigner.On peut éventuellement s’en servir mais uniquement à vocation éditoriale. On a des informations sur des utilisateurs lors de la création d’un profil, mais on n’a jamais vendu ces données.Pour prendre l’exemple de « Génération quoi », notre grande enquête sur les 18-34 ans, nous avons récolté des données sur une génération entière, on est arrivé à plus de 22 millions de réponses. C’est statistiquement la plus grande enquête générationnelle, ça aussi ce sont des données. On ne les vendra pas, néanmoins elles sont exploitées par des sociologues qui sont en train d’écrire un livre blanc sur cette génération-là.

Arte : Nous utilisons les données à but statistique, mais de manière transparente. On les utilise dans un but éditorial, pas commercial. C’est d’ailleurs intéressant parce que dans certains projets interactifs, vous pouvez rentrer votre compte Facebook, Linkedin, Instagram et vous aurez une expérience différente de votre voisin. Cela questionne l’économie du web, la personnalisation des sites en fonction des historiques, des données qu’on laisse sur les sites. Nous allons proposer deux web-documentaires sur la façon dont Internet questionne notre identité. D’abord « In Limbo », réalisé par Antoine Viviani, à partir de la semaine prochaine. Puis « Do not track », en sept petits documentaires à partir de mars. Ils interrogent la façon dont on laisse des traces sur le web et la façon dont cela fait évoluer notre mémoire, nos souvenirs. On veut redonner les clés de leur libre-arbitre aux internautes. Le but n’est pas de critiquer ni de faire l’éloge du Big Data.

Florence Morel et Alexis Magnaval

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