Documentaires: à la recherche de financements

Le FIPA n’est pas seulement un espace de projections, mais aussi un lieu de rencontre stratégique pour les professionnels, notamment du milieu du documentaire. Ce matin avait lieu la première session des « pitchs »: les producteurs et réalisateurs disposaient de sept minutes pour présenter leur projet et convaincre les diffuseurs qui ont un rôle clé dans le financement. Décryptage.

Echanges entre réalisateurs, producteurs et diffuseurs après les pitchs

Echanges entre réalisateurs, producteurs et diffuseurs après la session de pitchs

En France, la télévision, principal diffuseur de documentaires, fait figure de déclencheur pour le financement. « Pour obtenir des fonds auprès des régions par exemple, il est nécessaire de leur montrer que le documentaire va faire de l’audience, c’est pour cela que la télévision a un rôle clé» explique Florent Verdet, producteur chez entre2prises. Parmi ces diffuseurs, Jean Pelletier, premier directeur (information télévision) de la chaîne Radio Canada. Il est au FIPA pour acheter les documentaires qui rempliront sa grille des programmes. « Si j’ai lu les projets à l’avance, les pitchs des équipes de réalisation et production jouent beaucoup » explique-t-il. Mais pour lui, le choix d’un documentaire repose à la fois sur le coup de cœur, et sur la ligne éditoriale de la chaîne: « Je ne rentre pas dans la salle en me disant « aujourd’hui je vais dépenser 50 000 euros ». Cependant, l’état d’avancement des films semble être un critère fondamental dans l’achat. Acheter un documentaire aujourd’hui qui ne sera prêt que dans six mois implique que celui-ci colle aux besoins de la chaîne à ce moment là.

Réalisation du film d’abord, financement ensuite

Les contraintes liées au rôle primordial des chaînes sont bien réelles. « Elles prennent de moins en moins de risque. De plus en plus il faut se débrouiller pour faire le film avant d’espérer avoir un retour sur investissement » explique Florent Verdet, avant d’ajouter : « Les diffuseurs que nous avons rencontré aujourd’hui (pour le film « Vie ordinaire des moudjahidines d’Hama » Laurent Lhermite et Romain Huët, NDLR) nous ont globalement tous dit la même chose : « Votre film est super, mais faites le et ensuite on veut bien le financer ». Les réalisateurs sont de plus en plus contraints à réaliser leurs documentaires avant d’obtenir des financements. Par ailleurs, il existe une forme d’autocensure liée aux chaînes. « Selon le public visé, les chaînes exigent certaines choses. Ce qui peut nous bloquer, c’est au moment où en filmant on se demande si ça va plaire à la chaîne, c’est le risque » explique-t-il. Les sujets politiques sont par exemple exclus de certaines chaînes. Pour les autres, le réalisateur pourrait être tenté d’adoucir le sujet pour qu’il passe mieux.

Le processus de création d'un documentaire

Le processus de création d’un documentaire. ©Célia Genest

Mais à en croire les réalisateurs rencontrés, la contrainte du financement ne pousse pourtant pas au sacrifice. Jérôme Clément-Wilz, réalisateur du documentaire « Un baptême du feu »  a mis beaucoup de temps à le vendre. « Ça a été une chance pour moi, j’ai pu laisser l’histoire se développer et faire mûrir le film dans mon esprit » explique-t-il. Pour Jérôme Lambert, réalisateur, la télévision n’est pas le seul moyen de diffusion pour les réalisateurs. Dans le cas des productions courtes, Internet permet d’atteindre un public large. C’est ce sur quoi Florent Verdet a aussi insisté : « Il y a une certaine démocratisation des manières de faire, c’est de plus en plus simple de faire un documentaire ». D’une part, le matériel est moins cher. Et si elle se limite à Internet, la diffusion peut être également très bon marché, tout en touchant un public large.

Le CNC : une richesse pour le documentaire français

En France, les documentaristes sont plutôt privilégiés. De fait le CNC (Centre National du Cinéma) nous est largement envié à l’étranger. Son fonctionnement repose sur le principe de mutualisation. En clair, chaque vente de billet rapporte au CNC de l’argent qui est réinvesti dans des films d’auteur. Ainsi, même l’argent récolté après la diffusion de grosses productions est reversé à de petites productions. L’aide du CNC intervient à plusieurs étapes, souvent a posteriori. Pour l’écriture, en moyenne, il s’agit de 7000-7500 euros, mais le CNC peut aussi financer le développement du film. L’aide au développement s’évalue en moyenne à 15 000 euros. Pour Jérôme Clément-Wilz, les fonds du CNC ont été primordiaux: « L’aide du CNC permet à des petites productions de se financer, c’est une chance ». Pour obtenir des financements publics, les films ne doivent pas dépasser plus de 50% de financements privés. D’après Florent Verdet, le coût d’un documentaire est très variable, cela peut aller de 50 000 à 1 million d’euros. En moyenne, le coût s’évalue aux alentours de 200 000€.

Enfin, les régions constituent une source de financement importante pour les documentaires, dans la mesure où ceux-ci y sont liés. « Vie ordinaire des moudjahidines d’Hama » a ainsi pu être financé par la région Midi-Pyrénées car l’un des réalisateurs en était originaire. Toutes les régions fonctionnent différemment. « L’Aquitaine est la plus dynamique, elle a fait sauter de nombreuses barrières, dit Florent Verdet. Il n’y a plus de contreparties nécessaires au financement, comme parler de la région ».

« Produire des documentaires n’a jamais été simple, mais on s’en est toujours sorti »

Quant à l’avenir, réalisateurs et producteurs ne semblent pas si pessimistes. Même si les contraintes financières sont importantes pour les boîtes de production, le milieu du documentaire demeure dynamique. « Produire des documentaires n’a jamais été simple, mais on s’en est toujours sortis » conclut Florent Verdet. Pour Jérôme Lambert, le bilan est aussi optimiste. Le financement d’un documentaire est « toujours un combat, parce que c’est une économie fragile, parce que les producteurs de documentaires gagnent peu d’argent et que leurs sociétés sont fragiles, mais on a quand même un espace de liberté ». En somme, le financement du documentaire reste un processus long et compliqué, mais n’est en rien un frein à la création.

Célia Genest & Mégane Fleury

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