« En tant que femme réalisatrice, on a souvent un problème de crédibilité »

Sur 130 films sélectionnés cette année au FIPA, vingt seulement ont été réalisés par des femmes. Pourquoi les réalisatrices sont-elles aussi minoritaires dans le monde audiovisuel ? Enquête. 

Alexandra Longuet, réalisatrice de Rebirth : Katrina, 10 ans après

Alexandra Longuet, réalisatrice de Rebirth : Katrina, 10 ans après

En 2012, la comédienne Fanny Cottençon et les réalisatrices Virginie Despentes et Coline Serreau écrivaient une lettre ouverte, publiée dans Le Monde, pour dénoncer l’absence de réalisatrices nommées au Festival de Cannes. Pour elles, cette injustice était représentative d’un monde du cinéma presque exclusivement masculin. Les choses semblent avoir évolué depuis. Au Festival International de Programmes Audiovisuels (FIPA), les femmes sont certes minoritaires, mais tout de même représentées.

Sur un total de 130 films sélectionnés cette année, vingt seulement ont été réalisés par des femmes. François Sauvagnargues, délégué général du FIPA, n’a pas particulièrement cherché à trouver des films d’auteures. Pour lui, la question ne se pose pas. « On s’intéresse au film en premier lieu, explique-t-il. S’il nous plaît, c’est seulement à ce moment qu’on se penchera sur la personne qui l’a réalisé. Que ce soit un homme ou une femme, cela ne change rien ».

Et pourtant…

Alexandra Longuet, 30 ans, est venue au FIPA présenter son documentaire Rebirth : Katrina, 10 ans après. Son objectif ? Trouver un diffuseur. Pour elle, son genre complique quand même les choses : « En tant que jeune femme, on a souvent un problème de crédibilité, confie-t-elle. Nos commanditaires font plus facilement confiance à un homme. Ils se disent qu’il s’adaptera plus facilement à toutes les situations. Moi, quand je dis que je vais en Afrique, tout le monde s’inquiète, je suis vue comme une femme fragile… ».

Ces difficultés ont aussi été rencontrées par Marie Dumoulin, productrice chez Les Docs du Nord (Lille). Elle a constaté qu’une femme exerçant un poste à responsabilités doit toujours faire ses preuves, davantage qu’un homme. « Spontanément, mes interlocuteurs préfèrent s’adresser à un homme, c’est plus rassurant. Je dois toujours m’affirmer, mon autorité est moins crainte » estime-t-elle.

Pourtant, sur le terrain, être une femme peut parfois être un avantage. Alexandra Longuet l’admet : « Parfois, être prise pour une petite étudiante sans expérience, ça facilite l’accès à certaines informations. Les gens auraient peut-être été plus méfiants s’ils m’avaient prise au sérieux ». Jocelyne Aymé est exploitante du Cinéma L’Eden Pauillac (Médoc). Elle confirme cette impression : « Je n’ai jamais eu de problèmes liés au fait d’être une femme, peut-être parce que je ne me suis jamais posée cette question. Au contraire, comme nous sommes peu nombreuses dans l’audiovisuel, on nous remarque plus ». Au FIPA, les femmes ne sont pas uniquement de l’autre côté de la caméra. Cette année particulièrement, plusieurs films ont porté à l’écran des figures féminines.

Les femmes à l’écran

Pour cette 28ème édition, toutes catégories confondues, 19 films ont pour personnage principal une héroïne. Ainsi, le réalisateur Benoît Dervaux a choisi six femmes tutsies pour témoigner des atrocités du génocide rwandais. Le délégué général du festival François Sauvagnargues estime que cette approche par la voix des femmes permet « d’accéder à des sentiments plus profonds, d’être plus dans la sensibilité. La parole féminine est plus directe, surtout quand on touche à l’intime, aux rapports humains ».

Les personnages féminins sont souvent associées aux thèmes des relations amoureuses et du privé. La fiction Homo Faber (Trois femmes), du suisse Richard Dindo, laisse trois actrices – muettes – , et une voix off masculine, mener l’adaptation du roman de Max Frisch. Pour lui, « Les femmes sont l’essentiel. J’ai toujours trouvé que les hommes étaient gênants. Peut-être parce que j’ai grandi entouré par des femmes… ».

Pourtant, le documentaire de Benoît Dervaux, Rwanda, la vie après – Paroles de mères, utilise ces figures féminines comme témoins d’un phénomène plus large. C’est aussi le cas de Petites mains, dans lequel le réalisateur Thomas Roussillon raconte la délocalisation à travers la vie d’ouvrières du textile. D’autres œuvres abordent les pressions sociales (Un parfum de citron), la domination d’une figure masculine (Murdered by my boyfriend, The polgár variant) ou encore la prépondérance du corps (Daphné ou la belle plante), autant de contraintes inhérentes à la condition féminine.

Un seul film fait le portrait d’une femme forte et indépendante. Between Rings raconte le parcours de la boxeuse zambienne Esther Phiri. Il a été réalisé… par deux femmes.

 

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