Fedorovski: « L’embargo a humilié les Russes »

« Il fait partie du club des trois chapeautés, avec Amélie Nothomb et Geneviève de Fontenay ». Introduisant la conférence de l’écrivain Vladimir Fédorovski, l’animateur élude volontairement Pharell Williams de ce cercle, compte tenu de la moyenne d’âge du public. Avant d’être auteur, le franco-russe a travaillé comme diplomate sous Mikhail Gorbatchev pendant la perestroïka. L’air austère sous son chapeau protecteur, il nous a pourtant reçus de manière aimable. Cultivé mais humble, il se pose en vieux sage mais pas en professeur. Un regard emprunt de recul et une pointe d’ironie sur un contexte mondial bouillant.

Fédorovski

Venu à la langue de Molière par un goût pour la littérature française, il a choisi d’être écrivain pour soigner sa déception vis-à-vis des politiques, trop court-termistes, « victimes d’un grand décalage entre l’idéal et la réalité ». Il faut selon lui établir des priorités, être visionnaire. Les sanctions économiques de l’Union européenne contre la Russie ? De basses querelles. « Cela a blessé, humilié les Russes. »

Fedorovski connaît bien le parcours de Vladimir Poutine. Ce dernier était un adolescent rebelle. Son entraîneur de judo le prend sous son aile jusqu’à en faire un professionnel. Puis ce sera le KGB, et la consécration à la tête du Kremlin. L’écrivain porte d’ailleurs un regard ironique sur les liens entre les techniques d’espionnage et le sommet de l’Etat. Anecdote : Hélène Carrère d’Encausse, historienne spécialiste de la Russie, prétendait un jour que le KGB était l’ENA de la Russie. Fédorovski prend son contre-pied en disant que « c’est l’ENA qui est le KGB de la France ». Et rappelle qu’au cours des protocoles, Poutine adoptait un mimétisme conscient des gestes de Chirac.

« Le printemps arabe, c’est une fiction »

 2014 : l’année Poutine ? « C’est des conneries ça », répond-il franchement. « Il est habile, il a un certain talent médiatique. Non, c’est l’année de la visibilité de Poutine, mais l’Ukraine, c’est son plus grand échec. 2014 est plutôt l’année de la tristesse ».

La Russie aurait ses raisons d’agir dans la région du Dombass. « Je n’aime pas Poutine. Mais il a sa logique ». L’éventualité d’un nettoyage ethnique dans cette région russophone de l’Est de l’Ukraine a poussé Moscou à réagir fermement. « Poutine n’est pas à la hauteur. Mais je vous rassure, l’Occident n’est pas à la hauteur non plus ». Sceptique vis-à-vis de l’attitude américaine, M.Fédorovski milite pour un monde multipolaire, vecteur d’équilibre. « Les Américains sont persuadés qu’ils détiennent la seule vérité. Ils pensent qu’ils ont une mission spéciale, de gendarme global. Je ne suis pas anti-américain. Mais il y a ce désir d’unilatéralisme. » Les vrais problèmes sont ailleurs, dans la lutte contre la pollution, contre l’islamisme ». Il plaide pour une hiérarchie claire avec en premier lieu la lutte contre le danger de l’islamisme. Quand au Printemps arabe, il est « une fiction » : « aujourd’hui il n’y a ni démocratie ni Libye ». Il critique vivement la proposition d’intervention en Libye par Bernard Henri-Lévy, qui « a créé des problèmes au Mali puisque des armes se baladent à partir de là ».

« Une nouvelle Guerre Froide est en marche »

Plus que fragmenté, notre monde serait clivé en deux camps. « À mon époque 80% des Russes étaient pro-Occidentaux ; maintenant la tendance est inversée. Cela en dit long sur l’échec de la politique », regrette-t-il. « On n’a pas construit un nouveau monde, on a raté ça. » Des « fantasmes hérités de la Guerre froide » ont resurgi. Au point de donner lieu à une « nouvelle Guerre Froide, avec « un Occident face à la Russie, l’Iran, la Chine, l’Inde demain ».

Une césure aussi culturelle, puisque Fédorovski rappelle qu’historiquement le patrimoine russe est attiré par la civilisation occidentale. Pierre Le Grand a européanisé St-Pétersbourg, Tolstoï et Pouchkine ont été largement traduits en Français… Pourtant la Russie se trouverait aujourd’hui à un tournant civilisationnel.

BONUS : Poutine vu par Vladimir Fedorovski

Si Vladimir Poutine était :

Un personnage : James Bond                                                          Un animal : un renard

Une couleur : le gris                                                  Un film : un film d’espionnage soviétique

Un livre : Coeur de chien, de Boulgakov. Poutine, c’est à la fois l’opérette, la tragédie et le burlesque.

Une musique : l’hymne de l’Union soviétique

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