Offre CDD à mère porteuse indienne

Andréas Kleinert, le réalisateur du long-métrage Monsoon Baby, en compétition dans la catégorie « fiction » du FIPA, pose un regard fiévreux sur Calcutta, la ville qui ne dort jamais. A travers le portrait d’un couple allemand en perdition, il soulève les travers d’une pratique courante au pays : la gestation pour autrui.

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Lui c’est Mark, elle c’est Nina, « seinen Schatz », son trésor. Mark et Nina, un couple allemand, amoureux, aventureux, sympathique. Ça sonne bien, c’est sexy. Et puis vlan, l’idylle s’écroule. Le couple est stérile, leur histoire se transforme en formule arithmétique lugubre : huit ans à essayer de faire un enfant, quatre années d’injections hormonales, trois fausses couches et des inséminations en série. Et puis l’Inde, ses coups de klaxons, ses marchés ambulants, ses hôpitaux aux allures de bordel et son champagne à 30 000 roupies. Calcutta, mal léchée et insomniaque, est au centre de leurs espoirs et de leur avenir. Là-bas ils décident de recourir aux services d’une mère porteuse afin de calmer leur désir impétueux d’élever un jour un enfant, leur enfant.

Zoom sur les mères porteuses indiennes.

Illégale en Allemagne, la gestation pour autrui (GPA) est en revanche monnaie courante en Inde où s’est développé un tourisme procréatif sinistre. Contre la modique somme de 25 000 euros en moyenne, de plus en plus d’occidentaux sollicitent les « services » d’une mère porteuse indienne. En échange de quoi celle-ci touche entre 1 300 et 7 000 euros de rétro-commissions avec l’espoir intangible de sortir de la précarité ambiante. Donnant donnant. Dès lors, l’horreur de l’histoire de Mark et Nina s’élève d’un cran. « En Inde tout est extrême, il n’y a pas d’entre-deux », confesse le docteur Kamilaka, chargée de transférer l’ovule de Nina et les spermatozoïdes de Mark dans les entrailles d’une indienne. La pratique fait froid aux yeux. A l’hôpital, trois indiennes défilent devant le couple d’occidentaux. Elles ont sorti le grand jeu ce jour-là, les bijoux clignotent et les voiles colorées éblouissent. Confus, Mark finit par se tourner vers l’une d’entre elles. L’élue ce sera elle, Shanti, celle qui portera leur enfant. Les Allemands jouent aux naïfs. Le docteur Kamilaka en revanche avale un grand verre de lait comme s’il s’agissait d’un whisky et pianote nerveusement sur un ordinateur plus large que long.

Peu de surprise, beaucoup de frissons. 

Si nos yeux se perdent dans les allées sinueuses de la ville, le couple allemand, lui, dépérit. Aucune surprise à ce sujet, les fragilités initiales du duo se creusent à mesure qu’ils saisissent la nature de leur arrangement avec Shanti. Les « marchés » conclus avec les mères porteuses font froid dans le dos. Les indiennes s’attachent à l’embryon réfugié dans leur bedaine et pleurent silencieusement à chaque accouchement. L’enfant, elles ne le verront jamais ou refusent de le faire. Et parfois, l’accouchement tourne mal. Andréas Kleinert, le réalisateur de Monsoon Baby, ponctue ainsi le drame par cette image fascinante d’une Shanti, mourante, remontant le fleuve dans une pirogue en bois. Charon l’accompagne.

 

 

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