Trois questions à … François Ekchajzer, critique chez Télérama

François Ekchajzer est critique de cinéma chez Télérama, dans le service télévision. Il est spécialiste des documentaires. Le journaliste nous expose sa vision de la profession.

François Ekchajzer explique sa vision du métier de critique. © Sarah Paillou

François Ekchajzer explique sa vision du métier de critique. © Sarah Paillou

En quoi consiste votre métier ?

J’ai toujours du mal à dire que je suis journaliste. Sur ma feuille de paie, il est écrit que je suis reporter. Mais je suis toujours dans un bureau, rarement loin de mon écran. Je ne fais jamais d’enquêtes, ce qui fait de moi un journaliste plutôt médiocre… Je préfère me définir comme critique.

Je reçois une œuvre – c’est souvent une chaîne qui m’envoie le DVD d’un documentaire qu’elle va diffuser, et j’appose mon regard sur cet objet artistique, pour pouvoir le juger. J’essaie de comprendre ce qu’il est, ce qu’il raconte, et ce qui n’est pas dit. Je crois que le critique apporte quelque chose de plus, que le spectateur ne verra pas forcément. C’est un peu prétentieux, mais j’essaie d’orienter le regard de celui qui découvrira le documentaire. C’est comme ça que je vis mon métier en tout cas.

Comment êtes-vous devenu critique ?

J’ai un parcours un peu atypique, surtout par rapport à la nouvelle génération de journalistes. J’ai fait des études de cinéma, un DEA Arts du spectacle – Cinéma à Paris-III. Puis, quand j’ai commencé à travailler sur ma thèse, j’ai envoyé une lettre à Télérama pour leur expliquer mon sujet et leur demander si ça pouvait les intéresser. Quinze jours plus tard, j’avais un rendez-vous, et j’écrivais mon premier papier pour le journal.

Mais c’était à la fin des années 1980. Aujourd’hui, tous les stagiaires que nous avons à Télérama viennent d’écoles de journalisme, surtout de l’École Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille. Vouloir faire ce métier sans passer par une école de journalisme, ce serait suicidaire.

Quelles évolutions de la profession avez-vous constatées ?

Avec Internet, les réseaux sociaux, les sites de critiques de films, notre statut d’ « expert » est remis en cause. Certains amateurs sont plus pertinents que les professionnels ! Mais c’est une bonne chose que nous soyons mis en danger. On est obligés de justifier notre expertise, de montrer notre capacité à juger. On doit être plus exigeants avec nous-mêmes.

En même temps, on risque de tomber dans la démagogie, en n’écrivant que ce que le public a envie de lire. Certains de mes collègues n’arrivent pas à assumer leur point de vue, en se fondant dans un l’avis général. On a le droit d’être enthousiaste, ou très sévère. C’est au nom de mon amour du cinéma que je suis parfois très dur. Il faut se souvenir de la passion qui nous a amené à ce métier.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s