« Un Arte israélo-palestinien, c’est mon rêve »

Réalisateur israélien engagé, Yariv Mozer exporte ses combats sur grand écran. Du documentaire à la fiction, les enjeux sont multiples : reconnaissance de l’État palestinien, droits des homosexuels, critique du gouvernement israélien… Pour lui, le cinéma doit avoir un sens dans l’Histoire. Portrait d’un cinéaste qui entend marquer son époque.

La productrice-éditrice Yael Perlov et Yariv Mozer, réalisateur de Ben Gurion

La productrice-éditrice Yael Perlov, et le réalisateur de « Ben Gurion », Yariv Mozer

À bientôt 37 ans, il a déjà une longue carrière militante derrière lui. C’est à l’adolescence que Yariv Mozer, réalisateur, s’engage à gauche de l’échiquier politique israélien. « Et donc dans l’opposition », regrette-t-il. Résolument pacifiste, il croit en une résolution du conflit israélo-palestinien par la reconnaissance de l’État voisin, seul moyen de résoudre une guerre interminable et d’instaurer une paix durable entre les deux peuples. Comment alors faire passer son message ? La réponse, il l’a depuis l’âge de 4 ans : grâce au cinéma.

 « Je ne suis pas un réalisateur gay, je suis un réalisateur et il se trouve que je suis gay »

Diplômé de l’Université de Tel-Aviv en 2004, il concrétise alors son rêve d’enfant. Avec une obsession: Israël, comme personnage principal de tous ses films. Après un premier court documentaire réalisé à l’université, il se consacre à trois long-métrages. My first war, réalisé en 2008, documentaire quasi-autobiographique sur sa mobilisation en tant que réserviste dans la seconde guerre au Liban, constitue un véritable plaidoyer pacifiste. En 2012, The Invisible men capture l’un des non-dits du conflit israélo-palestinien : l’absolue nécessité pour les Palestiniens homosexuels de Tel-Aviv de se cacher pour survivre. La frontière entre documentaire et fiction, le réalisateur la franchit en 2013 lorsqu’il tourne Snails in the Rain (Le Jardin des arbres morts en français), fiction consacrée au thème du coming-out – son plus gros succès en salles jusqu’à présent.

Pour autant, il refuse l’appellation de réalisateur gay : « Je ne suis pas un réalisateur gay, je suis un réalisateur et il se trouve que je suis gay ». La preuve, son prochain film, Ben Gurion, actuellement en phase de production, n’a rien à voir avec cette dimension-ci de son engagement. Ce sera un documentaire d’archives sur les dix dernières années de la vie du célèbre leader israélien, David Ben Gourion. Une critique acerbe de ce qu’est devenu la politique israélienne, en réalité. Son documentaire, il l’a présenté à de potentiels producteurs ce vendredi matin au FIPA, aux côtés de Yael Perlov (à gauche sur la photo), productrice et éditrice, et surtout son associée. Outre le financement, Yariv Mozer désire faire prendre à son film une dimension internationale : « Qu’il ne soit pas qu’un film israélien, mais un film produit par différents pays dans le monde. Ben Gourion est l’un des plus grands leaders de l’époque contemporaine, aux côtés de Churchill, De Gaulle et Adenauer, rappelle-t-il. C’est un sujet qui touche bien plus qu’Israël. »

Le couple franco-allemand pour exemple

S’il trouve que le cinéma israélien en plein essor, il regrette l’absence de financements de la part du gouvernement. « Il n’y a pas assez d’argent investi dans la culture, du coup on est obligés de se battre pour financer un film, et même de se battre entre réalisateurs puisque les fonds sont rares ! »

Pour commencer, la télévision devrait selon lui beaucoup plus s’impliquer et collaborer avec le cinéma. Le réalisateur paraît dépité face à l’état des chaînes israéliennes, presque gangrenées par l’omniprésence de la télé-réalité. Au point que certaines ont décidé de passer la guerre à Gaza sous silence afin de continuer à diffuser leurs programmes « d’une futilité sans nom » – une aberration pour le cinéaste militant qu’il est.

Prenant le couple franco-allemand pour exemple, gonflant son buste et adoptant la voix de Martin Luther King, il clame qu’il « a un rêve », celui d’unir les deux États à travers le prisme de la télévision et du cinéma : « Un Arte israélo-palestinien, c’est mon rêve. » Un combat de plus pour un réalisateur décidément fermement décidé à donner de la valeur et un sens à sa création artistique. Et le réalisateur de conclure : « Le cinéma, c’est de l’art. Et l’art est éternel. »

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