Disney au pays des nains

En Chine, un parc abritant et exposant des nains accueille chaque année toujours plus de visiteurs. Le documentaire Little people, big dreams jette la lumière sur ce troublant phénomène.

empire des nains

De petites maisons colorées et biscornues disséminées au milieu une nature luxuriante, près d’un piton rocheux, dans le sud de la Chine. En sortent des personnes non moins petites et non moins colorées, vêtues de déguisements variés. L’endroit semble sortir tout droit d’un album des Schtroumpfs, ou bien d’un livre de contes. Et pour cause : il s’agit en fait d’un parc d’attraction – doté d’une spécificité intéressante : il se vante d’être, parallèlement, un programme de réinsertion professionnelle pour nains en difficulté.

Little people, Big dreams fait partie de ces films dont on ressort dans un état de complète perplexité, ne sachant absolument pas quoi penser de ce Disneyland version midget, curieuse entreprise mélangeant opportunisme et bons sentiments, progressisme et troublants penchants rétrogrades.

Le fondateur du lieu, bien entendu, avance une belle série d’arguments altruistes. Une discussion avec deux nains rencontrés par hasard dans le train serait à l’origine de son idée : créer un endroit dans lequel les gens de petite taille, souvent maltraités par une société chinoise encore rétive à s’adapter aux divers handicaps, pourraient trouver à la fois travail et réconfort psychologique. De là découle l’« Empire des nains » – tel est le nom de ce vaste complexe où une centaine de nains de tous âges vivent, travaillent, accueillent et divertissent les touristes.

Rempart contre le monde extérieur

Touristes : là est précisément l’écueil. Quelles que soient les bonnes intentions sous-jacentes, la vision des bataillons de badauds venant se rincer l’œil devant tous ces petits nains « si craquants » a quelque chose de dérangeant. Le zoo est proche : ils ne sont pas loin de leur lancer des cacahouètes. Et l’on ne peut s’empêcher de penser à un temps, pas si lointain, où nègres et êtres atteints de particularités physiques diverses étaient exhibés dans les foires publiques.

Les habitants du parc eux-mêmes se révèlent parfois sceptiques. La plupart d’entre eux sont jeunes, arrivés à l’Empire des nains par volonté personnelle ou bien poussés par leurs familles désemparées, s’inquiétant pour leur avenir dans un monde inévitablement cruel envers ceux que l’on qualifie de « différents ». Certains, pourtant, aspirent néanmoins à découvrir ce monde, si cruel soit-il ; ils songent à partir, avides d’une liberté et d’une autonomie que le parc d’attraction aseptisé ne peut leur offrir.

Mais si l’autonomie n’est pas en option dans l’Empire des nains, où les petits protégés sont encadrés, cocoonés et éduqués comme des enfants, le parc agit cependant comme un refuge, un lieu où des individus physiquement défavorisés peuvent trouver la sécurité, une barrière contre un monde potentiellement hostile. « Et n’oubliez pas : nous sommes une grande famille ! » assènent les éducateurs aux airs de Gentils Organisateurs. Et, songe-t-on en écoutant les divers témoignages, si cela peut effectivement apporter soutien, sécurité et réconfort – quitte à vivre dans un univers en carton-pâte – alors pourquoi pas ?

Ici se situe toute l’ambiguïté de ce passionnant documentaire, dépeignant de manière aussi objective que possible (même si l’objectivité n’existe pas) la réalité de ce phénomène sur lequel, en définitive, on serait bien en peine de porter un jugement.

 

Little people, big dreams, réalisé par Mak Ck

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