« Rwanda, la vie après – paroles de mères »: les dessous du documentaire

C’est l’un des films phares du FIPA, « Rwanda, la vie après – paroles de mères » de Benoît Dervaux et André Versaille. Poignant, le film retrace avec simplicité le parcours de ces femmes, marquées à jamais par le génocide. Si le film marque par la richesse des témoignages récoltés, sa conception et sa réalisation sont tout aussi remarquables.

André Versaille et Benoît Dervaux lors de la projection du documentaire jeudi

André Versaille (à gauche) et Benoît Dervaux (à droite)  lors de la projection du documentaire jeudi 22 janvier

« Les hommes ont pu se reconstruire après le génocide, les femmes non » explique André Versaille. C’est la raison pour laquelle il a décidé vingt ans après le génocide de tourner un documentaire sur ces femmes, violées, violentées et traumatisées à vie.

Une démarche de portraitiste

Si Benoît Dervaux et André Versaille sont parvenus à un faire un film aussi juste, c’est grâce au dispositif utilisé pour la réalisation. « J’ai eu une démarche de portraitiste » explique Benoît Dervaux. Les femmes posent, elles parlent, puis marquent des pauses. Les silences sont largement présents, faisant office de transition entre les témoignages, et laissant le spectateur reprendre son souffle. Pour le réalisateur, l’objectif était de « donner à la parole toute sa place ». Mais dans le même temps, certaines scènes tranchent, profondément ancrées dans le réel. Il nous explique qu’il s’agissait alors d’évoquer la mémoire, et le souvenir. « Le film n’a pas été bricolé, il a été pensé » souligne François Ekchajzer, critique, spécialisé dans les documentaires, à Télérama. De fait la précision de la réalisation et le déroulement clair du film en font sa richesse.

Tout au long du documentaire, une question se pose: comment sont-ils parvenus à récolter ces témoignages ? Ces derniers sont bruts, sans artifices, et on s’interroge alors sur la capacité des deux hommes à obtenir la confiance de ces femmes. Elles sont dans la franchise, à nu, et les blessures qu’elles racontent sont profondément à vif. C’est André Versaille qui a rencontré ces femmes le premier, grâce à l’association Sevota, qui agit pour les droits des femmes et des enfants, et pour la réconciliation. Au sein de l’association, la liberté de parole des femmes est plus grande, ce qui lui a permis de récolter de tels témoignages. Il est revenu ensuite avec Benoît Dervaux pour les filmer. « D’abord, on parlait avec les femmes, plus ou moins longtemps, souvent une heure. Ensuite, on installait le portrait et on expliquait aux femmes la structure qu’il devait avoir » confie Benoît Dervaux. Les témoignages étaient progressifs, d’abord elles racontaient les débuts du génocide, la perte de leur famille, la fuite. Puis les viols. La violence et l’horreur. Enfin, les femmes parlaient de leurs enfants, nés des viols, qui eux-mêmes sont intervenus à la fin. Dès le départ, ils ont voulu intégrer au documentaire les enfants. «On a voulu s’interroger sur comment la vie a-t-elle pu gagner sur l’effroi » explique Benoît Dervaux. Ainsi, le spectateur se trouve plongé dans ces traumatismes encore bien présents. L’une des femmes confie : « Bien que la guerre soit finie, mon cœur, ma tête continuent le combat ».

 Peu de doutes sur l’obtention d’un prix

Assemblés les uns avec les autres, les témoignages ne font plus qu’un. Le montage, en forme de « chorale », y est pour quelque chose, explique le réalisateur. L’objectif était d’éviter d’avoir un triangle « filmeur, filmé et intervieweur ». La mise en scène s’est voulue la plus intimiste possible afin de laisser aux femmes la parole, et leur permettre de se livrer pleinement, sans gêne. « Ces femmes composent une seule femme, les diversités sont tressés » confirme François EkchajzerEt après ? Le réalisateur a insisté sur le temps long accordé à ces témoignages. « Les plans duraient une heure, sans interruption, sans coupure » souligne-t-il. Après, tout le monde quittait la pièce dans la discrétion. Sauf Godelieve Mukasarasi, coordinatrice de l’association Sevota, qui restait en soutien psychologique.

« C’est un film magnifique et d’une grande simplicité », François Ekchajzer a lui aussi été convaincu. Tout laisse donc penser que le documentaire sera récompensé par un prix ce weekend.

 « Rwanda, la vie après – paroles de mères », Benoît Dervaux et André Versaille, Belgique, 1h10

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