Nina Simone : « Comment être artiste sans refléter son époque ? »

Avec The Amazing Nina Simone, le réalisateur américain Jeff Lieberman dresse un portrait de cette artiste soul et militante aux multiples facettes.

Concourant dans la catégorie Musique et spectacle, le documentaire retrace la vie de Nina Simone, la « prêtresse de la soul ». À la sortie de l’auditorium de Bellevue, quelques spectateurs témoignaient de leur satisfaction par une tape approbatrice sur l’épaule du réalisateur. À grand renfort d’images d’archives, de pochettes d’albums et d’un large panel d’interviews de son entourage, sa famille et ses amis d’enfance, Liberman explore la vie d’Eunice K. Waymon jusqu’à sa mort, en 2003.
Sa carrière, sa vie privée, son engagement politique, sa santé… La variété des domaines abordés est remarquable, mais sans doute pas assez creusée malgré la longueur accordé au film.
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Eunice Waymon aurait pu devenir la première grande pianiste noire. Recalée à l’entrée du Curtis Institute of Music de Philadelphie, elle rebondit sur cet échec pour utiliser aussi sa voix. Elle devient donc Nina Simone : Niña, de l’Espagnol, et Simone en hommage à l’actrice française Simone Signoret. Sa formation de pianiste classique est en décalage avec la norme des artistes de jazz de l’époque. Une formalité qui tranche avec l’expression libre de ses idées, puisqu’elle milite pour la condition des noirs à travers de véritables pamphlets anti-ségrégation, comme Mississipi Goddam.
Sa carrière explose et dure ; l’artiste inspirera de nombreux artistes, et on peut regretter que l’extrait d’une reprise de Kanye West soit le seul mentionné dans la postérité de Nina Simone.
Le portrait retracé est aussi celui d’une militante. Native de Caroline du Nord, elle lutte, avec des mots, pour les droits civiques. En tant que femme noire, elle voit d’ailleurs son engagement politique comme une évidence, posant la question rhétorique « Comment être artiste sans refléter son époque ?» Plus proche de Martin Luther King que des Black Panthers, elle vit dans une période-clé pour cette cause, les années 60.
Sa personnalité est aussi abordée. Caractérielle et imprévisible, c’est un personnage à double-facette. Fine et sophistiquée, elle a aussi un côté brut et dur. Sa maladie la ronge, jusqu’à la fin de sa vie dans le Sud de la France.
Si le film aurait mérité de mettre plus en avant sa musique, il dresse néanmoins un portrait complet de cette libre pensante. « No fear », résume-t-elle à la fin du documentaire. Ne pas avoir peur d’exprimer ses idées. Voilà qui résonne étrangement avec l’actualité.

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